Le Fleuve Sambú
Bien avant qu’il n’y ait une ferme à Boquete, il y avait le Darién — la province la plus sauvage et la moins touchée du Panama, là où la route s’arrête tout simplement et où les fleuves prennent le relais. En 2008, j’ai remonté le fleuve Sambú en piragua, ces pirogues creusées dans un tronc et manœuvrées à la perche à travers les courants et les rapides peu profonds, jusqu’au territoire des Emberá.
Les Emberá vivent le long des fleuves Sambú, Chucunaque et Tuira depuis des générations, dans des villages de huttes sur pilotis, ouvertes sur les côtés pour capter le moindre souffle d’air venu du fleuve. Je n’étais pas là en simple touriste de passage pour une après-midi. J’étais là parce que je pouvais suivre le rythme — et dans la jungle, cela change tout.
Immergé dans une Chasse Emberá
À l’époque, je suivais un entraînement physique sérieux — du genre qui vous fait parcourir 40 kilomètres par jour, sur des sentiers de montagne, à travers la jungle, toujours dehors, toujours à l’état sauvage. Ce n’est pas tant une fanfaronnade qu’un fait qui comptait : c’est ce qui m’a permis de suivre les chasseurs emberá à leur propre rythme — et leur rythme est rapide. Ils ne marchent pas tant dans la forêt qu’ils ne la lisent, avançant presque en courant sur les racines et les rochers, traquant des animaux dont la plupart des étrangers ne remarqueraient même pas le passage.
Le pécari sauvage — le cochon de jungle — était le gibier que nous poursuivions, et quand une chasse réussit, elle n’est jamais gardée par le seul chasseur. Chez les Emberá, un pécari ou tout grand animal se partage avec tout le village : chaque famille reçoit sa part, cuisinée le soir même au feu de bois. Revenir au village avec les hommes qui avaient rendu cela possible, et recevoir moi-même une part de cette chasse, reste l’un des accueils les plus sincères que j’aie jamais reçus, où que ce soit.
La Vie au Village
Ce qui m’est resté, ce n’est pas seulement la chasse — c’est tout ce qui l’entourait. Des journées passées dans les cuisines à ciel ouvert, perchées sur pilotis, où les femmes les plus âgées dirigeaient le foyer avec une autorité totale. Des soirées autour du feu. Des enfants, des chiens, des hamacs partout. Personne ne m’a expliqué le rythme du lieu ; il fallait simplement s’y couler, de la même façon qu’on s’était coulé dans le rythme du sentier.
C’est ce que je porte encore aujourd’hui jusque dans la ferme : la nature ne joue pas un rôle pour les visiteurs, et les gens qui y vivent réellement non plus. Il faut arriver selon ses propres conditions. Boquete est une forêt plus douce que le Darién, mais la philosophie reste celle que j’ai comprise pour la première fois sur le fleuve Sambú — mériter le chemin, et le reste s’ouvre de lui-même.
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La Chasse
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Vie de Village et Randonnée
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